Sophie. L : « J’ai confiance en Vélizy mais le risque est trop grand, je ne remettrai pas mes enfants à l’école »

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Description

Face à l’importante inquiétude des parents d’élèves et au trop grand nombre de questions persistantes concernant la reprise des cours à partir du 11 mai, le ministre de l’Éducation s’est voulu rassurant : chaque foyer sera en connaissance des conditions de rentrée de son enfant entre le 4 et 7 mai prochains. Soit dans quelques jours. Le gouvernement parviendra-t-il à convaincre une population française très divisée sur le sujet ? Vélizy TV a interviewé deux mamans véliziennes pour les sonder et recueillir leurs avis.

Le trouble et l’incertitude règnent auprès de la population parentale française. Depuis les annonces du Premier ministre Édouard Philippe le 28 avril dernier, les interrogations abondent. Est-il sécuritaire de remettre ses enfants à l’école ? Toutes les dispositions pourront-elles être prises dans les communes pour les protéger au mieux ? Les élèves sauront-ils comprendre et respecter les gestes barrières, notamment les plus petits ? Quels seront les moyens palliatifs mis en place pour les enfants bloqués à domicile mais souhaitant tout de même poursuivre leur scolarité ? Les enseignants parviendront-ils à se démultiplier pour assurer leurs classes physiques divisées en deux, en n’oubliant pas parallèlement leurs élèves restés chez eux mais tout de même en besoin, légal comme pédagogique, d’éducation ?

Le contexte

Calendrier de reprise des cours

Pour rappel, selon les dernières informations gouvernementales communiquées ces derniers jours, le déconfinement des élèves et la reprise des cours se dérouleraient en quatre phases distinctes :

=> A partir du 11 mai, crèches, maternelles et écoles élémentaires rouvriraient leurs portes et accueilleraient par classes des groupes réduits d’élèves (10 maximum pour les crèches, 15 pour les autres). Les instituteurs devant observer une pré-rentrée indépendante pour se préparer, la reprise effective pour les enfants ne se déroulerait donc pas directement le lundi 11 mai mais au cours des jours suivants. Le calendrier exact sera dévoilé sous peu selon les établissements.

=> Les collèges succéderaient à compter du 18 mai, mais uniquement pour les 6° et 5° dans un premier temps et, si et seulement si, le Coronavirus n’atteste que d’une propagation départementale faible. La situation ne serait statuée pour les 4° et les 3° qu’à la fin du mois de mai.

=> La reprise des lycées serait également étudiée fin mai pour une éventuelle réouverture à partir du 2 juin, en démarrant par les établissements professionnels.

A noter que les collégiens et lycéens devraient par contre s’engager à suivre les cours jusqu’au 4 juillet, condition impérative à remplir pour les élèves de 3° et de Terminale désirant obtenir le brevet ou le bac.

=> Pour les étudiants de l’enseignement supérieur, les cours ne reprendraient qu’en septembre.

Un protocole sanitaire à préciser

En globalité, toutes les décisions seront prises, avec souplesse et au cas par cas, en tenant compte des spécificités de chaque territoire. « Ce seront des classes qui alternent, dans la majorité des cas, ce ne sera pas à plein temps que l’élève ira à l’école », a indiqué le mercredi 29 avril Jean-Michel Blanquer, ministre de l’Éducation nationale.

Ce vendredi 1er mai sera dévoilé le protocole sanitaire qui accompagnera strictement la reprise des cours des élèves français. Un cadre farouchement réclamé par des syndicats de parents et d’enseignants, à la recherche de réponses concrètes et de la transparence la plus absolue pour visualiser au mieux l’organisation sur le terrain. « Ce cadre national très clair est inspiré de ce que le Conseil scientifique a produit comme note. Nous avons aussi fait toute une comparaison internationale sur ce sujet. Nous avons travaillé avec le bureau Veritas (société française reconnue sur la scène mondiale, spécialisée dans les essais, l’inspection et la certification. Ndlr), a expliqué Jean-Michel Blanquer avant de rajouter que le dispositif traduirait également « un cadre d’accueil, c’est-à-dire les règles pour définir la façon dont les classes arrivent au fur et à mesure, progressivement, et aussi un cadre pédagogique pour savoir ce qui se passe pour chaque niveau, de la maternelle à la terminale ».

Plusieurs détails révélés par Le Monde et BFM TV (médias ayant eu accès en exclusivité à la version « projet » du document élaboré) permettent néanmoins de se faire une petite idée sur les grands contours de ce protocole sanitaire à venir qui prendrait la forme de deux volets numériques, l’un pour les écoles maternelles et primaires, l’autre pour les collèges. Ainsi, par exemple, pour l’accès aux établissements, seraient placés un ou plusieurs accueillants aux entrées des structures pour filtrer les arrivées et le flux de personnes. Seraient prévus plusieurs chemins de passage avec, si cela est possible, des courants de circulation prioritaires en fonction des heures de la journée, et des circulations à sens unique à l’intérieur des bâtiments pour une meilleure gestion. La distanciation physique d’un mètre entre tout individu, adulte comme enfant, serait maintenue, même chose pour les bureaux des élèves qui seraient disposés en fonction de cette règle. Le port du masque serait obligatoire pour tous les adultes ainsi que pour chaque enfant à compter de la 6°. Le lavage de mains deviendrait impératif pour les enfants dès « leur arrivée dans l’établissement scolaire, avant et après chaque passage aux toilettes, avant et après chaque repas, après la récréation, après s’être mouchés, avoir toussé ou éternué, après avoir manipulé des objets possiblement contaminés et avant de rentrer chez eux. A défaut de points d’eau en nombre suffisants et si les mains ne sont pas visiblement sales, des solutions hydroalcooliques peuvent être utilisées y compris pour les plus jeunes sous le contrôle étroit d’un adulte », dépeint le document. Pour les récréations, qui seraient agencées selon un planning, le matériel collectif et les jeux de ballon ou de contact seraient drastiquement interdits. Enfin, pour la restauration, les repas devraient être pris le plus possible en classe et sous la surveillance aguerrie d’un adulte.

Moins d’un parent d’enfant scolarisé sur deux a l’intention de l’envoyer à l’école à partir du 11 mai

Selon une large étude* conduite par Yoopies (plateforme européenne de garde d’enfants) dont les résultats ont été communiqués le 27 avril dernier, seuls 46 % des parents ont l’intention d’envoyer leur enfant à l’école à partir du 11 mai. « Un constat qui varie beaucoup selon la tranche d’âge des enfants et les conditions de travail des parents », note la société.

=> 41,72 % des parents qui pourront continuer à télétravailler à 100 % ont l’intention d’envoyer leur enfant à l’école contre 54,07 % des parents qui devront se rendre sur leur lieu de travail à partir du 11 mai. « Beaucoup de parents vont remettre les enfants à l’école uniquement parce qu’ils n’ont pas le choix, comme l’indiquent les nombreux commentaires libres des répondants comme celui de cette maman : « Je ne suis pas favorable à un retour à l’école mais en tant que maman seule et sans famille proche, je n’ai pas le choix », indique Yoopies.

=> Les élèves d’élémentaire seront les plus nombreux à retourner à l’école. 50,27 %, contre 47,76 % pour les maternelles, 42,52 % pour les collégiens et 41,61 % pour les lycéens. « De manière générale, les statistiques indiquent que plus les enfants sont grands, plus les parents vont opter pour une reprise des cours à distance, qui semble plus adaptée pour des élèves ayant gagné en autonomie et maîtrisant davantage les outils numériques. Cependant, les enfants de maternelle seront davantage gardés à la maison que ceux en élémentaire. Cette tendance s’explique par la plus grande difficulté des petits jusqu’à 6 ans à respecter les gestes barrière, ainsi qu’à l’importance de l’acquisition des savoirs fondamentaux (lire, écrire, compter…) qui se fait dans les premières classes d’élémentaire », explique la plateforme.

=> Les disparités par classe d’âge se ressentent d’autant plus en fonction de la possibilité pour les parents de télétravailler. En maternelle, les enfants seront envoyés à l’école par 42 % des parents qui pourront télétravailler contre 53 % des parents qui devront se rendre sur leur lieu de travail. Pour l’élémentaire, les chiffres pour un retour à l’école sont respectivement de 45 % avec télétravail possible des parents contre 58 % sans télétravail. Pour le collège, 35 % avec télétravail et 49 % sans télétravail. Enfin, pour le lycée, 32 % avec télétravail et 52 % sans télétravail.

=> Concernant la garde des enfants non scolarisés physiquement, 48,1 % des parents révèlent qu’ils vont continuer à s’occuper eux-mêmes de leurs enfants.

=> Pour les parents qui ne peuvent pas télétravailler, c’est la grande incertitude : 40,08 % ne savent pas encore comment ils vont faire garder leurs enfants quand ceux-ci ne seront pas à l’école.

=> Enfin, « tout en étant une majorité à préférer garder les enfants à la maison face à la menace de l’épidémie, 59,72 % des parents considèrent qu’il n’est pas possible de concilier télétravail et garde d’enfants », conclut Yoopies.

Deux mères véliziennes s’expriment

Sophie. L**, mère de deux enfants étudiant au groupe scolaire Jean Mermoz : « Je suis complètement choquée par les décisions actuelles de l’État et je les combats fermement. Que le gouvernement puisse réellement proposer de remettre nos enfants à l’école alors que le virus n’a pas disparu, que nous n’avançons pas d’un millimètre sur sa nature et sa connaissance, qu’il continue de contaminer assez massivement sans perspective de vaccin et, qu’en dépit de la faible proportion d’enfants dans les patients atteints, apparaissent désormais par multiplication ces fameux cas de mineurs franciliens touchés par la maladie de Kawasaki en lien avec le Coronavirus, m’outre profondément. Je garderai mes enfants chez moi, c’est indiscutable ! Il n’est en rien question de la ville. Je me trouve d’ailleurs extrêmement chanceuse de vivre dans une commune si active, méritante et qui a su prendre le taureau par les cornes dans toute cette crise sanitaire. Je me sens défendue et considérée. Je sais que tout sera fait pour que nos enfants soient protégés, que toutes les questions d’hygiène seront respectées. J’ai confiance en Vélizy mais le risque est trop grand, je ne remettrai pas mes enfants à l’école. Surtout en étant informée que les enseignants, chefs d’établissement et même la ville pourraient être tenus responsables si un enfant contracte le Coronavirus. C’est vraiment n’importe quoi ! De qui se fiche-t-on ? On surcharge ceux qui se démènent en local et on va ensuite les accuser de fautes infondées car il faudra trouver des coupables si, comme le Japon qui s’est déconfiné trop tôt, on est balayé par une seconde vague ? C’est un grand et très formel NON pour moi ! »

Mathilde. B**, mère d’un élève au collèugge Maryse Bastié : « Je suis consciente que remettre les enfants en classe peut présenter un danger, au même titre que tous les actifs qui vont revenir au travail à partir du 11 mai. Malgré cela, je suis favorable à ce que mon fils retrouve son collège. Il le veut lui-même et je partage sa volonté. Ici, il est irascible, s’ennuie, passe son temps sur Internet et WhatsApp, ou enfermé dans sa chambre-grotte à jouer à des jeux un peu violents comme Fortnite pendant que les déchets des cochonneries sucrées qu’il mange toute la journée s’accumulent sur le sol. Lui qui rentrait toujours tard à la maison parce qu’il faisait deux sports et adorait ça, je ne le reconnais plus. Il faut qu’il retrouve une vie normale, c’est important. Et puis il est assez âgé pour comprendre les enjeux et les risques. Je sais qu’il saura se protéger et respecter le port du masque ou les gestes barrières ».

 

* Étude réalisée en ligne du 23 au 24 avril 2020 sur un échantillon national de 1 740 personnes.
** Par demande de leur part, les noms de deux interlocutrices ont été modifiés.

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